Dans ma précédente note, j’abordais l’importance de la diversification du portefeuille. J’affirmais que, malgré les critiques concernant les effets moins bénéfiques de la diversification lors de la crise financière de 2008 en raison du renforcement significatif de la corrélation entre de nombreuses classes d’actifs, la diversification du portefeuille était plus que jamais primordiale. Deux questions font suite à ce message: la diversification a-t-elle des limites? Et faut-il distinguer la diversification stratégique et la diversification tactique?
La question des limites à la diversification trouve son origine dans une approche purement mathématique de la composition d’un portefeuille: tant qu’il existe des classes d’actifs peu corrélées avec celles déjà présentes au sein du portefeuille, il est judicieux de les y ajouter. La mesure dans laquelle ces ajouts seront effectués dépendra de la corrélation, du risque (la déviation standard des performances de la nouvelle classe d’actifs) ainsi que des bénéfices attendus. Un autre facteur essentiel est la difficulté ou la facilité à investir effectivement dans la nouvelle classe d’actifs. Nous pouvons résumer ces points en parlant de coûts d’information et de coûts d’implémentation.
Les coûts d’information font référence à la nécessité d’évaluer les bénéfices de l’investissement attendus à long terme et d’initier ou de réduire ensuite les positions de façon tactique. La règle d’or lorsque vous êtes tenté d’ajouter au portefeuille un produit avec lequel vous êtes moins familiarisé consiste à vous demander : « Pendant combien de minutes puis-je en parler ? ». Si la réponse est « seulement très peu », alors la conclusion est claire: abstenez-vous ou faites-vous conseiller dans vos décisions, ou achetez un fonds d’investissement qui prendra ces décisions pour vous.
Les coûts d’implémentation portent sur la facilité avec laquelle il est possible d’investir dans un certain marché. Du point de vue de l’allocation d’actifs, ces coûts sont devenus relativement négligeables compte tenu de la pléthore de fonds proposés. Pour les investisseurs professionnels, ces coûts d’information et d’implémentation ne constituent nullement un obstacle vu qu’ils disposent des équipes de recherches nécessaires pour réaliser les analyses et qu’ils bénéficient de conditions très concurrentielles pour l’exécution des ordres auprès de leurs contreparties.
Faut-il distinguer la diversification stratégique et la diversification tactique? Une diversification stratégique est-elle compatible avec une concentration tactique? Quiconque observe l’évolution des marchés depuis le mois de mars aura tendance à affirmer que la concentration tactique est l’option à privilégier, compte tenu de l’énorme différence de bénéfices entre les classes d’actifs très performantes (actions bancaires, très petites capitalisations et actions émergentes) et les autres qui sont restées à la traîne (valeurs défensives). La nécessité d’une diversification stratégique est incontestable et repose, comme je l’ai expliqué dans ma précédente note, sur le souci d’égaliser des fluctuations dans la valeur du portefeuille et sur la grande incertitude entourant l’évaluation de la performance attendue à long terme. La concentration ou diversification tactique se réfèrent à une gestion active à relativement court terme (quelques semaines). Tout en optant d’un point de vue stratégique pour un portefeuille très diversifié, il est possible de mener un style de gestion très actif en ajoutant et en supprimant des classes d’actifs. La réponse à la question de savoir si, dans le cas d’une telle gestion tactique, il convient plutôt de diversifier ou d’initier un nombre limité de positions de sorte à conserver un portefeuille très concentré, renvoie à deux autres questions. Suis-je intimement convaincu de mes prévisions? Mes prévisions se sont-elles précédemment avérées le plus souvent correctes? Si votre réponse à ces deux questions est un oui catégorique, vous pouvez en effet opter pour des portefeuilles tactiques concentrés. Cependant, après avoir observé les investisseurs pendant plusieurs années, je suis enclin à privilégier une diversification tactique parallèlement à une diversification stratégique.
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